On peut être bête intelligemment ou bêtement.
Imre Kertész, « 1985, mars », Journal de galère, Actes Sud.
Qu’est-ce que la forme ? La brèche la plus étroite à travers laquelle nous devons faire passer notre vastitude tout entière pour la sauver.
Imre Kertész, « 1979 », Journal de galère, Actes Sud.
Comment le roman pourrait-il être — au-delà de la différence qualitative — “comme la vie”, alors que la vie elle-même n’est pas comme la vie ?
Imre Kertész, « 1984, avril », Journal de galère, Actes Sud.
Les gens nourrissent leur dépression avec toutes sortes de mensonges. La mienne se contente de la vérité.
Imre Kertész, « 1990, juin », Journal de galère, Actes Sud.
Il semble que l’art soit désormais ce qui compte le moins aux yeux de l’art : c’est un changement qualitatif qui repose sur le fait que l’exigence porte désormais sur l’existence entière et non plus sur le simple “talent”. On peut se demander pourquoi. Peut-être parce que l’effondrement est d’une telle ampleur qu’il n’y a plus rien à décorer au milieu des ruines.
Imre Kertész, « 1977, juin », Journal de galère, Actes Sud.
Ne résiste que celui en qui brûle suffisamment de haine et de mépris ; celui qui persiste et tient la promesse de son talent par vengeance, pour ainsi dire. Parfois, je sens brûler en moi la haine, et aussi le mépris ; mais je crains que ces sentiments ne soient pas assez durables pour me mener quelque part.
Imre Kertész, « 1975, 9 novembre », Journal de galère, Actes Sud.
En ce qui concerne l’espoir : pour l’instant, je le hais, ce qui signifie que je n’ai manifestement pas encore réussi à m’en débarrasser tout à fait.
Imre Kertész, « 1982, septembre », Journal de galère, Actes Sud.
Je réfléchis trop. Je ne suis pas assez fidèle à mes idées. Davantage de fanatisme !
Imre Kertész, « 1979 », Journal de galère, Actes Sud.
Où ai-je lu cette excellente histoire du lord et de son majordome ? On demande à un jeune lord qui vit retiré pourquoi il ne prend pas part à la vie. Il est bouleversé par la question : qu’est-ce que la vie ? Eh bien, la société, les courses, les amis, se marier, fonder une famille, lui dit-on. Ah bon, répond alors le lord, si c’est ça la vie, mon majordome s’en charge pour moi.
Imre Kertész, « 1976, vendredi », Journal de galère, Actes Sud.
Le suicide qui me convient le mieux est manifestement la vie.
Imre Kertész, « 1974 », Journal de galère, Actes Sud.
Le monde est muet, nous seuls lui parlons et, quand il nous arrive de nous taire, nous croyons que le monde nous répond.
Imre Kertész, « 1988, février », Journal de galère, Actes Sud.
Ne désire posséder l’âme de personne, parce que tu l’auras et ne sauras pas quoi en faire. Tu ne veux pas le savoir, tu ne l’as jamais voulu.
Imre Kertész, « 1987, 9 mai », Journal de galère, Actes Sud.
Autrefois, je voulais vaincre l’espoir ; il s’est éteint de lui-même. (Cette phrase contient sa propre négation — et pourtant elle n’est pas mensongère.)
Imre Kertész, « 1975, 9 novembre », Journal de galère, Actes Sud.
Si la société dissout toutes ses angoisses morales dans le collectif, il ne reste que la plus stricte réserve. Voici l’ordre : tu peux t’occuper de tous les problèmes de la vie, mais non de la vie en tant que problème.
Imre Kertész, « 1963, Noël », Journal de galère, Actes Sud.
Dans certains cas, le suicide n’est pas acceptable : c’est pour ainsi dire un manque de respect envers les malheureux.
Imre Kertész, « 1974 », Journal de galère, Actes Sud.