œuvre : Poèmes bleus, Georges Perros
confonds

Une halte encore la dernière

J’avais couché dans un petit hôtel

Au bord de la route nationale

Allez me dire le nom du village

Je confonds tous les lieux

Tous les visages

Je risque de me faire gifler

Par les femmes que je regarde

Comme si je les avais déjà vues quelque part

Mais où madame aidez-moi je vous prie

Les femmes ne comprennent pas qu’on puisse

Ne les prendre que pour nos semblables

Ça les vexe, c’est bien curieux.

Georges Perros, « Ken Avo », Poèmes bleus, Gallimard.

David Farreny, 6 fév. 2025
limande

Il faisait un temps je le jure

À ne pas mettre nez dehors

Ni chien ni chat ni d’aventure

Âme qui vive. C’est alors

 

Que je crus retrouver l’étude

Un moment perdue elle avait

L’œil froid de la blanche altitude

La démarche d’un roitelet

 

Je lui saisis la main la bouche

Sans qu’elle osât rien pour m’aider

À prendre feu dans l’escarmouche

Elle était vierge à s’en tuer.

 

Sans mot dire il vaut mieux se taire

En ce genre de vérité

La suite fut longue à défaire

Oh je n’y parvins qu’à moitié.

 

Ce n’était Avril ni Septembre

Ne me souviens plus mais le ciel

Levait l’ancre. Membre après membre

La nuit dégusta notre miel.

 

Elle avait l’œil limande et biche

D’une qui n’a plus peur du loup

La mer battait comme une affiche

Collée en fraude par un fou.

Georges Perros, Poèmes bleus, Gallimard.

David Farreny, 6 fév. 2025
toi

Homme qu’un désastre habite

Mes vœux de nulle saison

Ne se soucient. Ma prison

Ce corps qu’un feu noir excite

Rien n’en peut changer le sort

Sinon toi, mort de ma mort.

Georges Perros, Poèmes bleus, Gallimard.

David Farreny, 6 fév. 2025

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